XXI
L’imaginaire fait partie de l’esprit humain. On
y parvient à travers les rêves. C’est un
ailleurs, l’au-delà de la raison ; ce qu’il
y a après l’imagination et avant la folie. On ferme
les yeux et l’on peut y voir des choses étranges,
qui se sont déjà passées, des souvenirs
ou qui ne sont même pas encore arrivées, des prophéties.
Des visions. Et qui nous hantent…
Le jour du repas au château de Sawen, toutes ces visions
d’avenir sont apparues à Sorkleen au moment où
il était le plus heureux. Il ne les voulait pas, il n’y
pensait pas. Mais, perfides, elles n’ont eu de cesse de
lui ronger l’esprit depuis lors et il sait que son seul
remède consiste à trouver une explication à
ces phénomènes.
Alors, avec ses compagnons, il s’est rendu à Cynhiar
pour découvrir le temple rouge de ses chimères.
Mais, en regardant toutes ces fresques étranges aux murs,
il n’envisage pas l’espoir d’expliciter ses
cauchemars. Une fois encore, il se retrouve seul.
- Hé ! Où êtes-vous tous passés ?…
Midilhen ! Où es-tu ? Allez, arrêtez,
ce n’est pas drôle ! Sortez de votre cachette !
Hé !…
Sorkleen s’époumonait en vain. Il était
évident qu’aussi étrange que cela puisse
paraître, ses amis avaient disparu sans qu’il s’aperçoive
de quelque chose.
Autour de lui, les ténèbres grandissaient démesurément,
les murs aux fresques laissaient peu à peu la place au
néant. Tout devenait noir. Il sentit le sol se dérober
sous ses pieds mais il restait debout, comme dressé sur
un parterre invisible, avec la sensation de flotter dans l’obscurité,
dans le vide total. Ses sens s’amenuisèrent à
mesure que le néant s’installait, étouffant
et lourd. Il n’entendait plus le son de sa propre voix,
ne discernait plus son propre corps, il avait perdu le goût
de sa salive et lorsqu’il remuait la main, plus rien ne
lui faisait obstacle.
« Suis-je en train de mourir ? » pensa-t-il .
Cette étrange impression que son corps se vidait de tout
fluide vital l’angoissait et, bien vite, sa respiration
se fit plus courte, il se sentait faible et accablé.
Sa lutte contre les ténèbres serait brève
car la douleur s’insinuait déjà partout
dans son être et sa résistance décroissait
progressivement. « C’est la fin ! »
murmura-t-il dans un demi-sommeil.
Et il lui sembla alors basculer dans le vide, comme du haut
d’une falaise ; sa chute était sans fin, il
tournoyait sur lui-même dans un vertige d’obscurité.
Dans son esprit, il attendait comme un salut le moment où
il toucherait le sol et s’écraserait tout en bas,
dans un monde inconnu, loin de toute vie.
Mais alors qu’il tombait, un éclair de lumière
déchira soudainement la nuit, puis une forme lumineuse
ronde apparut au lointain, dissipant les ténèbres.
Elle se mit à grossir doucement et se rapprocha de Sorkleen ;
ce dernier, sous l’effet de cette lumière reposante,
retrouva ses esprits, ses sens se mirent à nouveau en
action, il pouvait voir, toucher, entendre, parler… Son
âme quittait le néant et le vide, irrésistiblement
attirée par la boule lumineuse qui se pressait à
son côté et le réchauffait. L’enfant
se redressa et regarda aux alentours, il ne voyait que du bleu,
un bleu éthéré, presque translucide, puis
il examina son corps : ses membres étaient encore
froids et durs, comme lorsque l’on sent la mort toute
proche, il était en état d’apesanteur et,
devant lui, se trouvait la Lumière. Il l’observa
longuement avec une envie croissante de la toucher. Il tendit
son bras, ouvrit sa main et, un peu hésitant, apposa
la paume sur la forme lumineuse. Une douleur foudroyante traversa
tout son être, résonnant dans ses os, la lumière
grossit encore et, chassant le léger voile de vapeur
qui l’entourait, elle révéla une superbe
sphère bleutée, parfaitement ronde, un peu plus
grosse qu’une balle et d’où émanait
une énergie incroyable.
Sorkleen, fasciné, la pris à deux mains et tout
à coup, la sphère irradia une lumière d’un
bleu très vif, éblouissant le jeune garçon
et inondant les lieux, d’une façon telle que l’azur
du ciel le plus éclatant ne fût rien en comparaison.
Un instant aveuglé, Sorkleen rouvrit les paupières,
la vision encore floue. La clarté avait envahi son corps
qui luisait, comme empli de lumière, ses muscles se bandèrent
subitement, il ressentit toute l’énergie de la
sphère qui traversait sa chair, la gonflant d’une
puissance effrayante.
Aussitôt, le calme revint. La lumière retomba,
autour de l’enfant les murs de la salle se reformèrent
au fur et à mesure, le décor dans lequel il se
trouvait avant de disparaître naquit à nouveau
de l’obscurité, Sorkleen discernait déjà
des formes.
Il se sentait bien, si bien, comme dans un beau rêve dont
on ne voudrait surtout pas qu’il se termine. Il entendait
une voix lointaine qui résonnait dans son cerveau, mais
le sens des paroles lui échappaient, son esprit encore
anesthésié par l’extraordinaire aventure
qu’il venait de vivre. La voix, inaudible au début,
se fit de plus en plus sonore, elle le tranquillisait, semblable
à la voix d’une mère rassurant son enfant.
- Que m’est-il arrivé ?…Ai-je rêvé ?…
se demanda Sorkleen à lui-même, comme il émergeait
du brouillard de l’instant passé.
Il tâta son corps et s’aperçut avec surprise
que quelque chose en lui avait changé, sans qu’il
sache précisément quoi. Cependant qu’il
s’examinait, l’enfant éprouva un brusque
picotement dans sa main droite, il se gratta avec véhémence
mais rien n’y fit, sa paume le démangeait de plus
en plus. Ses doigts se refermèrent malgré lui,
un curieux poids alourdit son poignet, son pouce heurta quelque
chose de dur, mais Sorkleen ne distinguait rien.
Une lueur dorée illumina sa main, il éleva son
bras à hauteur de son visage et, à sa grande stupéfaction,
vit plusieurs lignes se profiler dans l’air, suivant un
contour géométrique distinct. Les lignes se rejoignirent
en un sommet pointu, des rayures verticales apparurent sur tout
le long d'une lame azurée et, bientôt, un pommeau
en or, richement décoré, se dessina à la
base… Sorkleen tenait dans sa main une épée.
L’arme se fondait parfaitement entre ses doigts, elle
était d’une légèreté incroyable
et l’équilibre qu’elle présentait
montrait à quel point le garçon et l’épée
ne semblaient faire qu’un.
Atrios, Ternen et Midilhen parcouraient depuis plusieurs minutes
déjà le moindre recoin du temple, le vieil homme
s’étant même aventuré au-dehors, cherchant
Sorkleen sur la colline environnante ou dans les excavations
rocheuses parsemant la montée vers le temple. Midilhen
hélait son ami sans discontinuer, dans l’espoir
de le voir apparaître derrière une colonne. Sa
voix était mal assurée, car hantée par
la peur de perdre Sorkleen à jamais et ses jambes la
supportaient de plus en plus mal. Rapidement affolée,
elle s’assit, le dos appuyé contre le mur ouest,
en essayant de reprendre ses esprits. Du coin de l’œil,
elle guettait Atrios, dont le visage était curieusement
plus serein que le sien. La jeune fille l’interpella :
- Je m’inquiète Atrios, voici plus d’un quart
d’heure que Sorkleen n’est pas reparut. Où
est-il ? On ne disparaît pas comme ca… Vraiment,
je me fais du souci. Sorkleen est trop jeune pour endosser cette
responsabilité, nos récentes déclarations
à propos de notre immortalité l’ont bouleversé
sûrement plus qu’il ne veut le montrer. Et puis…
Atrios opina de la tête, sans mot dire.
- Et puis, reprit-elle, il n’est pas comme nous, il n’a
pas de racines, de famille à laquelle s’attacher,
son esprit est fragile, aisément influençable.
Plusieurs fois, il m’a révélé qu’il
aurait préféré ne pas exister. « Je
me considère comme un objet, une pensée active
dans une enveloppe charnelle dont j’aimerai pouvoir un
jour m’échapper » m’a-t-il dit
récemment… Nous n’aurions pas dû…
le forcer à endurer tout cela. Ensuite, se tournant vers
Ternen : « Papa ! J’ai peur pour
lui, peur qui lui arrive malheur, qu’il ne revienne plus…
Peur qu’il succombe… ! ». Disant
cela, des larmes perlaient au coin de ses yeux bleus.
Ternen soupira longuement. Il était atterré. Après
tout, c’est lui qui avait pris l’enfant sous sa
protection après la découverte du projet Nelhon,
il lui avait tout appris, il lui avait promis d’en faire
un « justicier », de donner un sens à
sa vie… mais pas comme ca, pas de cette manière
abrupte et inhumaine… Sorkleen découvre ses pouvoirs
au fur et à mesure, mais il découvre aussi la
dureté de l’existence, les mensonges, les trahisons
et les épreuves cruelles dont il était à
l’abri dans le laboratoire.
En réalité, Ternen culpabilisait de lui avoir
donné tant d’espoir.
Après de nouvelles recherches infructueuses, Ternen
proposa de descendre au village et de questionner les habitants.
- On ne sait jamais, mieux vaut explorer toutes les pistes possibles,
Sorkleen s’est peut-être rendu dans le bourg sans
qu’on s’en aperçoive, dit Ternen, sans trop
de conviction.
- Nous l’aurions remarqué quand même !
rétorqua Midilhen.
- L’un de nous devrait rester dans les environs, au cas
où notre jeune ami ferait sa réapparition, dit
Atrios.
- Je suis volontaire ! s’écria Midilhen.
- Je n’en attendais pas moins de toi, déclara Atrios,
esquissant un léger sourire. « Bien, alors
allons-y ! Séparons-nous, Ternen, nous recueillerons
ainsi plus de renseignements ».
- Très bien !
Midilhen commença à dévaler le flanc de
la colline en contrebas, peut-être Sorkleen avait-il buté
sur un rocher et gisait évanoui. Ses deux compagnons
s’éloignèrent lentement du temple, en route
pour le village de Cynhiar. Comme elle descendait la pente,
Midilhen s’arrêta tout à coup. Un pressentiment
venait de naître dans son esprit et une sorte de gêne
s’installa. Pleine d’espoir et le cœur battant
la chamade, elle se retourna.
Sorkleen était là !
Elle accourut vers lui, gravissant en un temps record le flanc
du tertre. Enfin son cœur pouvait respirer ! Le poids
qu’il supportait durant tout ce temps disparut dès
l’instant où elle vit Sorkleen. Il se tenait à
l’entrée du temple, l’air hagard, perdu dans
ses pensées. Regardant à l’opposé
de Midilhen, il ne la distingua pas immédiatement. Ce
fut le son d’une voix familière qui le tira de
son égarement.
- Sorkleen ! Ohé ! Sorkleen ! C’est
moi !
Avant même qu’il eut le temps de réaliser
d’où provenait cette voix, Midilhen se trouvait
à ses côtés, haletante, son visage empourpré
était barré d’un large sourire. Elle lui
prit la main et la serra fort sur sa poitrine.
- Oh, je suis si heureuse de te revoir ! dit-elle avec
un trémolo dans la voix. On t’a cherché
partout pendant un bon moment… Où étais-tu ?
- Euh… eh bien… je… je ne sais pas trop comment
dire ca… en fait…, balbutia le garçon.
- Un moment ! Mon père et Atrios sont sur le point
de descendre au village, eux aussi sont à ta recherche.
Je vais les rappeler ! Attends-moi ici, je reviens…
Sorkleen, encore légèrement engourdi, s’assit
sur le pied d’une colonne brisée, les bras ballants.
Peu de temps après, Midilhen réapparut en haut
de la butte en compagnie de Ternen et d’Atrios. Tous deux
arboraient un large sourire, soulagés et ravis d’avoir
retrouvé leur ami.
Atrios adressa à Sorkleen une franche poignée
de mains alors que Ternen lui donna une petite tape amicale
sur l’épaule.
- Contents de t’avoir à nouveau parmi nous !
clama Ternen, parlant aussi au nom du vieux sage.
- Que t’est-il arrivé ? Tu as disparu si soudainement
dans le temple tout à l’heure… Où
étais-tu passé ? répéta Midilhen.
- Et puis quelle est cette étrange épée ?
De qui l’as-tu reçu ? questionna Ternen à
son tour.
Atrios s’interposa :
- Allons, laissez notre jeune ami reprendre ses sens. Nous serons
plus au frais dans le temple, dit-il en regardant le soleil
qui s’approchait du zénith, et les oreilles indiscrètes
ne pourront nous entendre à l’intérieur.
Une fois dans le temple, Sorkleen raconta en détail
(du moins, tout ce que sa mémoire avait retenu de cette
expérience inhabituelle). Pendant qu’il parlait,
Midilhen ne cessait de le dévisager. Elle le trouvait
changé, il avait grandi, son visage n’avait plus
cet air enfantin et malicieux qu’elle lui connaissait
auparavant. Oui, c’était indéniable, quelle
que soit le genre d’expérience que Sorkleen ait
éprouvé durant sa disparition, celle-ci l’avait
transformé, il semblait plus mûr, plus « adulte ».
Son récit terminé, Sorkleen sortit une gourde
du sac de Ternen et but rapidement quelques gorgées.
Dehors, l’été déployait ses longues
bandes d’air chaud, un vent sec raréfiait l’air
et les champs et les collines s’étaient drapés
de leurs beaux apparats d’or, luisant sous un soleil implacable.
Dans le ciel, aucun nuage ne venait troubler le doux vol des
oiseaux et une forte odeur d’herbe pénétrait
dans le temple.
- Hum… Je comprends mieux maintenant, dit Atrios en brisant
le silence.
Tous le regardèrent.
- Oui, oui, c’est très clair, marmonna-t-il dans
sa barbe.
- Qu’y a-t-il Atrios ? demanda Ternen.
Le vieil homme répondit :
- Je pense savoir ce que tout ceci signifie. Assurément,
vous nous faites aller de surprises en surprises, mon cher Sorkleen.
L’adolescent l’interrogea du regard.
Atrios prit alors ce ton énigmatique aisément
reconnaissable lorsqu’il conte quelque légende
passée :
- Mon garçon, tu possèdes désormais un
grand pouvoir, que beaucoup des Immortels que je connais pourraient
t’envier. Les Sages Saals que nous avons consulté
il y a peu ont affirmé que tu n’étais pas
cet « Elu » que tout le monde attendait.
Je n’ai rien dit, mais secrètement, j’approuvais
cette position (il remarqua un sursaut d’étonnement
chez Sorkleen qui s’abstint toutefois de rétorquer) ;
loin de moi l’idée de dévaluer tes capacités
mais si les Saals nous ont envoyé ici, à Cynhiar,
c’est parce qu’ils connaissaient le pouvoir réel
qui te correspondrait.
Sa voix s’infléchit brusquement, comme s’il
murmurait :
« Tu n’es pas l’Elu, mais tu es l’un
des élus, ceux qui peuvent dominer les éléments
car tu sais maîtriser les Fluides Vitaux, rendant toute
vie possible sur Asfhlon. Oui, (et il appuya bien les mots suivants)
tu es l’élu du Fluide de l’Eau ! Ton
récit concorde parfaitement avec les témoignages
que les autres détenteurs des Fluides m’ont narré
dans les temps anciens. Les ténèbres, le tourbillon,
la lumière, la sphère d’énergie,
l’apparition de l’épée et puis ce
changement que tu as ressenti dans tout ton être…
Cela ne trompe jamais. Maintenant, tu as une grande force en
toi, mon jeune ami. »
- Le Fluide de l’Eau ? susurra Sorkleen… Alors
les Saals avaient raison. « Je ne suis pas l’Elu ! »
(cette pensée le terrifiait car beaucoup, surtout Ternen
et Sawen, avaient placé en lui les espoirs les plus fous,
mais d’un autre côté, il se sentait soulagé,
lesté du poids d’un fardeau dont il refusait la
responsabilité).
- Mais dans quel univers était Sorkleen lorsqu’il
a disparu ? demanda Midilhen.
Atrios fit claquer sa langue contre son palais.
- Mais nulle part ailleurs que dans ce temple, voyons !
- Je ne suis pas sûre de vous comprendre…
- Sorkleen n’a en réalité jamais quitté
le temple, il s’est juste retrouvé transporté
dans une dimension différente de la notre, dans un espace-temps
inconnu même des Immortels et que seuls les Maîtres
des Fluides Vitaux ont la possibilité un jour de découvrir.
Ternen demeurait stupéfait en écoutant les explications
du vieux sage.
- Une autre dimension ! clama Midilhen. Je n’arrive
pas à le croire !
- Je sais que cela peut paraître inconcevable, dit Atrios
d’un ton savant. « Cette dimension parallèle
est en elle-même un mystère plus grand que toutes
les énigmes que pose notre propre Univers. On dit qu’elle
est le fruit d’une civilisation plus ancienne encore que
l’Humanité, une création provenant des étoiles,
incompréhensible pour nous. Ce serait ces mêmes
étoiles qui auraient « fabriqué »
en quelque sorte ces mystérieux Fluides Vitaux, source
de vie et, par là même, l’Humanité
telle que nous la connaissons dans le passé et le présent… ».
Tout l’auditoire avait cessé de respirer. Sorkleen
écoutait bouche bée, comme s’il buvait les
paroles du vieil homme, Midilhen, un bras autour de sa taille,
fronçait les sourcils en se remémorant sans arrêt
les derniers mots d’Atrios, quant à Ternen, adossé
sur la paroi du temple, le souffle littéralement coupé
par ces propos, ne pouvait croire ce qu’il venait d’entendre.
Il fut le premier à émerger de l’incrédulité
générale :
- Tu veux dire que l’Humanité… l’Humanité
est née des étoiles ?
- Ou d’une civilisation stellaire qui l’a créée,
je ne sais pas trop…
- C’est… c’est inimaginable ! bégaya
Sorkleen.
Atrios hocha la tête :
- C’est vrai mais je ne peux vous garantir ce que j’avance,
il n’y a pas de preuves, enfin pas de preuves directes…
euh… tout ceci est bien compliqué en réalité…
- Mais qui t’a enseigné tout ca ? Et quand ?
questionna Midilhen.
Visiblement peu à son aise, Atrios abrégea la
conversation comme lui seul sait le faire :
- Peu importe en vérité… Oui, peu importe…
Nous ne sommes pas venus là pour ca, de toute façon.
Je pense maintenant qu’il serait préférable
de quitter le temple et de rentrer à Fladir… Allons,
partons mes amis ! ajouta-t-il d’un ton presque d’ordre.
Les autres furent déçus de ne pas apprendre plus
sur les origines de la Vie et de l’Univers. Sorkleen fit
une moue désapprobatrice en regardant Atrios, que ce
dernier ignora.
Les quatre compagnons sortirent du temple, sous le soleil brûlant
de midi. Ils redescendirent la partie rocheuse de la colline
qui donnait un peu plus bas sur le hameau de Cynhiar. Sorkleen,
visiblement rasséréné, tenait Midilhen
par la main, l’aidant à déjouer les ornières
qui jalonnaient le sentier. Bien vite, ils furent en vue du
village et déjà l’odeur de la mer parvint
à leurs narines.
Alors qu’ils se dirigèrent vers leur embarcation
après une traversée du bourg sous le regard suspicieux
des autochtones, Atrios stoppa net sa course, à la grande
surprise de ses amis. Il s’éloigna légèrement
du groupe, et, abrité par l’ombre d’un grand
arbre feuillu, il ferma les yeux, ses paupières se plissèrent
fortement comme s’il se concentrait sur une pensée.
Puis il se mit soudain à remuer les lèvres sans
pour autant émettre le moindre son de voix. Même
en essayant de lire sur ses lèvres, on ne pouvait comprendre
ce que murmurait le vieil homme, mais au fur et à mesure
de la « conversation », il prit un air
grave qui effraya même Midilhen. Il fronçait les
sourcils, son visage se ridait, sa bouche se pinçait.
De temps à autre, on pouvait percevoir de petites inflexions
de voix qui laissaient transparaître une inquiétude
certaine.
- Que fait Atrios ? demanda Sorkleen. Qu’est-ce qui
lui prend tout à coup ?
Midilhen répondit, perplexe :
- Je n’en sais pas plus que toi… je ne comprends
pas ce qui se passe…
Après quelques minutes, Atrios revint vers nos amis et
s’exclama, d’un air affolé :
- Ne perdons pas de temps ! Nous devons immédiatement
aller à Nùmen ! Embarquez vite ! Dépêchez-vous !…
- Que se passe-t-il Atrios, questionna Sorkleen, évidemment
intrigué.
- Je n’ai pas le temps, je vous expliquerai tout ca en
chemin ! Montez vite vous dis-je !
Une fois tout le monde à bord, Atrios mit immédiatement
le moteur en marche et, sans prendre le temps d’activer
le pilote automatique, commanda lui-même le bateau qui
démarra dans un vacarme assourdissant, vers une destination
inconnue et sans nul doute pleine de dangers.
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