Illusions - Le roman de science-fiction !
Chapitre : I | II | III [ IV | V | VI | VII | VIII | IX | X | XI | XII |
XIII
| XIV | XV | XVI | XVII | XVIII | XIX | XX | XXI | XXII
Roman de science-fiction écrit par Rémi Lorme d'après les scénarii de Sawen
XXI
Illusions

XXI


    L’imaginaire fait partie de l’esprit humain. On y parvient à travers les rêves. C’est un ailleurs, l’au-delà de la raison ; ce qu’il y a après l’imagination et avant la folie. On ferme les yeux et l’on peut y voir des choses étranges, qui se sont déjà passées, des souvenirs ou qui ne sont même pas encore arrivées, des prophéties. Des visions. Et qui nous hantent…
   Le jour du repas au château de Sawen, toutes ces visions d’avenir sont apparues à Sorkleen au moment où il était le plus heureux. Il ne les voulait pas, il n’y pensait pas. Mais, perfides, elles n’ont eu de cesse de lui ronger l’esprit depuis lors et il sait que son seul remède consiste à trouver une explication à ces phénomènes.
   Alors, avec ses compagnons, il s’est rendu à Cynhiar pour découvrir le temple rouge de ses chimères. Mais, en regardant toutes ces fresques étranges aux murs, il n’envisage pas l’espoir d’expliciter ses cauchemars. Une fois encore, il se retrouve seul.


- Hé ! Où êtes-vous tous passés ?… Midilhen ! Où es-tu ? Allez, arrêtez, ce n’est pas drôle ! Sortez de votre cachette ! Hé !…
Sorkleen s’époumonait en vain. Il était évident qu’aussi étrange que cela puisse paraître, ses amis avaient disparu sans qu’il s’aperçoive de quelque chose.
   Autour de lui, les ténèbres grandissaient démesurément, les murs aux fresques laissaient peu à peu la place au néant. Tout devenait noir. Il sentit le sol se dérober sous ses pieds mais il restait debout, comme dressé sur un parterre invisible, avec la sensation de flotter dans l’obscurité, dans le vide total. Ses sens s’amenuisèrent à mesure que le néant s’installait, étouffant et lourd. Il n’entendait plus le son de sa propre voix, ne discernait plus son propre corps, il avait perdu le goût de sa salive et lorsqu’il remuait la main, plus rien ne lui faisait obstacle.
« Suis-je en train de mourir ? » pensa-t-il .
   Cette étrange impression que son corps se vidait de tout fluide vital l’angoissait et, bien vite, sa respiration se fit plus courte, il se sentait faible et accablé. Sa lutte contre les ténèbres serait brève car la douleur s’insinuait déjà partout dans son être et sa résistance décroissait progressivement. « C’est la fin ! » murmura-t-il dans un demi-sommeil.

   Et il lui sembla alors basculer dans le vide, comme du haut d’une falaise ; sa chute était sans fin, il tournoyait sur lui-même dans un vertige d’obscurité. Dans son esprit, il attendait comme un salut le moment où il toucherait le sol et s’écraserait tout en bas, dans un monde inconnu, loin de toute vie.

   Mais alors qu’il tombait, un éclair de lumière déchira soudainement la nuit, puis une forme lumineuse ronde apparut au lointain, dissipant les ténèbres. Elle se mit à grossir doucement et se rapprocha de Sorkleen ; ce dernier, sous l’effet de cette lumière reposante, retrouva ses esprits, ses sens se mirent à nouveau en action, il pouvait voir, toucher, entendre, parler… Son âme quittait le néant et le vide, irrésistiblement attirée par la boule lumineuse qui se pressait à son côté et le réchauffait. L’enfant se redressa et regarda aux alentours, il ne voyait que du bleu, un bleu éthéré, presque translucide, puis il examina son corps : ses membres étaient encore froids et durs, comme lorsque l’on sent la mort toute proche, il était en état d’apesanteur et, devant lui, se trouvait la Lumière. Il l’observa longuement avec une envie croissante de la toucher. Il tendit son bras, ouvrit sa main et, un peu hésitant, apposa la paume sur la forme lumineuse. Une douleur foudroyante traversa tout son être, résonnant dans ses os, la lumière grossit encore et, chassant le léger voile de vapeur qui l’entourait, elle révéla une superbe sphère bleutée, parfaitement ronde, un peu plus grosse qu’une balle et d’où émanait une énergie incroyable.
   Sorkleen, fasciné, la pris à deux mains et tout à coup, la sphère irradia une lumière d’un bleu très vif, éblouissant le jeune garçon et inondant les lieux, d’une façon telle que l’azur du ciel le plus éclatant ne fût rien en comparaison. Un instant aveuglé, Sorkleen rouvrit les paupières, la vision encore floue. La clarté avait envahi son corps qui luisait, comme empli de lumière, ses muscles se bandèrent subitement, il ressentit toute l’énergie de la sphère qui traversait sa chair, la gonflant d’une puissance effrayante.

   Aussitôt, le calme revint. La lumière retomba, autour de l’enfant les murs de la salle se reformèrent au fur et à mesure, le décor dans lequel il se trouvait avant de disparaître naquit à nouveau de l’obscurité, Sorkleen discernait déjà des formes.
   Il se sentait bien, si bien, comme dans un beau rêve dont on ne voudrait surtout pas qu’il se termine. Il entendait une voix lointaine qui résonnait dans son cerveau, mais le sens des paroles lui échappaient, son esprit encore anesthésié par l’extraordinaire aventure qu’il venait de vivre. La voix, inaudible au début, se fit de plus en plus sonore, elle le tranquillisait, semblable à la voix d’une mère rassurant son enfant.

- Que m’est-il arrivé ?…Ai-je rêvé ?… se demanda Sorkleen à lui-même, comme il émergeait du brouillard de l’instant passé.
   Il tâta son corps et s’aperçut avec surprise que quelque chose en lui avait changé, sans qu’il sache précisément quoi. Cependant qu’il s’examinait, l’enfant éprouva un brusque picotement dans sa main droite, il se gratta avec véhémence mais rien n’y fit, sa paume le démangeait de plus en plus. Ses doigts se refermèrent malgré lui, un curieux poids alourdit son poignet, son pouce heurta quelque chose de dur, mais Sorkleen ne distinguait rien.
   Une lueur dorée illumina sa main, il éleva son bras à hauteur de son visage et, à sa grande stupéfaction, vit plusieurs lignes se profiler dans l’air, suivant un contour géométrique distinct. Les lignes se rejoignirent en un sommet pointu, des rayures verticales apparurent sur tout le long d'une lame azurée et, bientôt, un pommeau en or, richement décoré, se dessina à la base… Sorkleen tenait dans sa main une épée.
   L’arme se fondait parfaitement entre ses doigts, elle était d’une légèreté incroyable et l’équilibre qu’elle présentait montrait à quel point le garçon et l’épée ne semblaient faire qu’un.


   Atrios, Ternen et Midilhen parcouraient depuis plusieurs minutes déjà le moindre recoin du temple, le vieil homme s’étant même aventuré au-dehors, cherchant Sorkleen sur la colline environnante ou dans les excavations rocheuses parsemant la montée vers le temple. Midilhen hélait son ami sans discontinuer, dans l’espoir de le voir apparaître derrière une colonne. Sa voix était mal assurée, car hantée par la peur de perdre Sorkleen à jamais et ses jambes la supportaient de plus en plus mal. Rapidement affolée, elle s’assit, le dos appuyé contre le mur ouest, en essayant de reprendre ses esprits. Du coin de l’œil, elle guettait Atrios, dont le visage était curieusement plus serein que le sien. La jeune fille l’interpella :
- Je m’inquiète Atrios, voici plus d’un quart d’heure que Sorkleen n’est pas reparut. Où est-il ? On ne disparaît pas comme ca… Vraiment, je me fais du souci. Sorkleen est trop jeune pour endosser cette responsabilité, nos récentes déclarations à propos de notre immortalité l’ont bouleversé sûrement plus qu’il ne veut le montrer. Et puis…
Atrios opina de la tête, sans mot dire.
- Et puis, reprit-elle, il n’est pas comme nous, il n’a pas de racines, de famille à laquelle s’attacher, son esprit est fragile, aisément influençable. Plusieurs fois, il m’a révélé qu’il aurait préféré ne pas exister. « Je me considère comme un objet, une pensée active dans une enveloppe charnelle dont j’aimerai pouvoir un jour m’échapper » m’a-t-il dit récemment… Nous n’aurions pas dû… le forcer à endurer tout cela. Ensuite, se tournant vers Ternen : « Papa ! J’ai peur pour lui, peur qui lui arrive malheur, qu’il ne revienne plus… Peur qu’il succombe… ! ». Disant cela, des larmes perlaient au coin de ses yeux bleus.
   Ternen soupira longuement. Il était atterré. Après tout, c’est lui qui avait pris l’enfant sous sa protection après la découverte du projet Nelhon, il lui avait tout appris, il lui avait promis d’en faire un « justicier », de donner un sens à sa vie… mais pas comme ca, pas de cette manière abrupte et inhumaine… Sorkleen découvre ses pouvoirs au fur et à mesure, mais il découvre aussi la dureté de l’existence, les mensonges, les trahisons et les épreuves cruelles dont il était à l’abri dans le laboratoire.
   En réalité, Ternen culpabilisait de lui avoir donné tant d’espoir.

   Après de nouvelles recherches infructueuses, Ternen proposa de descendre au village et de questionner les habitants.
- On ne sait jamais, mieux vaut explorer toutes les pistes possibles, Sorkleen s’est peut-être rendu dans le bourg sans qu’on s’en aperçoive, dit Ternen, sans trop de conviction.
- Nous l’aurions remarqué quand même ! rétorqua Midilhen.
- L’un de nous devrait rester dans les environs, au cas où notre jeune ami ferait sa réapparition, dit Atrios.
- Je suis volontaire ! s’écria Midilhen.
- Je n’en attendais pas moins de toi, déclara Atrios, esquissant un léger sourire. « Bien, alors allons-y ! Séparons-nous, Ternen, nous recueillerons ainsi plus de renseignements ».
- Très bien !

   Midilhen commença à dévaler le flanc de la colline en contrebas, peut-être Sorkleen avait-il buté sur un rocher et gisait évanoui. Ses deux compagnons s’éloignèrent lentement du temple, en route pour le village de Cynhiar. Comme elle descendait la pente, Midilhen s’arrêta tout à coup. Un pressentiment venait de naître dans son esprit et une sorte de gêne s’installa. Pleine d’espoir et le cœur battant la chamade, elle se retourna.
   Sorkleen était là !

   Elle accourut vers lui, gravissant en un temps record le flanc du tertre. Enfin son cœur pouvait respirer ! Le poids qu’il supportait durant tout ce temps disparut dès l’instant où elle vit Sorkleen. Il se tenait à l’entrée du temple, l’air hagard, perdu dans ses pensées. Regardant à l’opposé de Midilhen, il ne la distingua pas immédiatement. Ce fut le son d’une voix familière qui le tira de son égarement.
- Sorkleen ! Ohé ! Sorkleen ! C’est moi !
Avant même qu’il eut le temps de réaliser d’où provenait cette voix, Midilhen se trouvait à ses côtés, haletante, son visage empourpré était barré d’un large sourire. Elle lui prit la main et la serra fort sur sa poitrine.
- Oh, je suis si heureuse de te revoir ! dit-elle avec un trémolo dans la voix. On t’a cherché partout pendant un bon moment… Où étais-tu ?
- Euh… eh bien… je… je ne sais pas trop comment dire ca… en fait…, balbutia le garçon.
- Un moment ! Mon père et Atrios sont sur le point de descendre au village, eux aussi sont à ta recherche. Je vais les rappeler ! Attends-moi ici, je reviens…
Sorkleen, encore légèrement engourdi, s’assit sur le pied d’une colonne brisée, les bras ballants.

   Peu de temps après, Midilhen réapparut en haut de la butte en compagnie de Ternen et d’Atrios. Tous deux arboraient un large sourire, soulagés et ravis d’avoir retrouvé leur ami.
   Atrios adressa à Sorkleen une franche poignée de mains alors que Ternen lui donna une petite tape amicale sur l’épaule.
- Contents de t’avoir à nouveau parmi nous ! clama Ternen, parlant aussi au nom du vieux sage.
- Que t’est-il arrivé ? Tu as disparu si soudainement dans le temple tout à l’heure… Où étais-tu passé ? répéta Midilhen.
- Et puis quelle est cette étrange épée ? De qui l’as-tu reçu ? questionna Ternen à son tour.
Atrios s’interposa :
- Allons, laissez notre jeune ami reprendre ses sens. Nous serons plus au frais dans le temple, dit-il en regardant le soleil qui s’approchait du zénith, et les oreilles indiscrètes ne pourront nous entendre à l’intérieur.

   Une fois dans le temple, Sorkleen raconta en détail (du moins, tout ce que sa mémoire avait retenu de cette expérience inhabituelle). Pendant qu’il parlait, Midilhen ne cessait de le dévisager. Elle le trouvait changé, il avait grandi, son visage n’avait plus cet air enfantin et malicieux qu’elle lui connaissait auparavant. Oui, c’était indéniable, quelle que soit le genre d’expérience que Sorkleen ait éprouvé durant sa disparition, celle-ci l’avait transformé, il semblait plus mûr, plus « adulte ».
    Son récit terminé, Sorkleen sortit une gourde du sac de Ternen et but rapidement quelques gorgées. Dehors, l’été déployait ses longues bandes d’air chaud, un vent sec raréfiait l’air et les champs et les collines s’étaient drapés de leurs beaux apparats d’or, luisant sous un soleil implacable. Dans le ciel, aucun nuage ne venait troubler le doux vol des oiseaux et une forte odeur d’herbe pénétrait dans le temple.

- Hum… Je comprends mieux maintenant, dit Atrios en brisant le silence.
Tous le regardèrent.
- Oui, oui, c’est très clair, marmonna-t-il dans sa barbe.
- Qu’y a-t-il Atrios ? demanda Ternen.
Le vieil homme répondit :
- Je pense savoir ce que tout ceci signifie. Assurément, vous nous faites aller de surprises en surprises, mon cher Sorkleen.
L’adolescent l’interrogea du regard.
Atrios prit alors ce ton énigmatique aisément reconnaissable lorsqu’il conte quelque légende passée :
- Mon garçon, tu possèdes désormais un grand pouvoir, que beaucoup des Immortels que je connais pourraient t’envier. Les Sages Saals que nous avons consulté il y a peu ont affirmé que tu n’étais pas cet « Elu » que tout le monde attendait. Je n’ai rien dit, mais secrètement, j’approuvais cette position (il remarqua un sursaut d’étonnement chez Sorkleen qui s’abstint toutefois de rétorquer) ; loin de moi l’idée de dévaluer tes capacités mais si les Saals nous ont envoyé ici, à Cynhiar, c’est parce qu’ils connaissaient le pouvoir réel qui te correspondrait.
Sa voix s’infléchit brusquement, comme s’il murmurait :
« Tu n’es pas l’Elu, mais tu es l’un des élus, ceux qui peuvent dominer les éléments car tu sais maîtriser les Fluides Vitaux, rendant toute vie possible sur Asfhlon. Oui, (et il appuya bien les mots suivants) tu es l’élu du Fluide de l’Eau ! Ton récit concorde parfaitement avec les témoignages que les autres détenteurs des Fluides m’ont narré dans les temps anciens. Les ténèbres, le tourbillon, la lumière, la sphère d’énergie, l’apparition de l’épée et puis ce changement que tu as ressenti dans tout ton être… Cela ne trompe jamais. Maintenant, tu as une grande force en toi, mon jeune ami. »
- Le Fluide de l’Eau ? susurra Sorkleen… Alors les Saals avaient raison. « Je ne suis pas l’Elu ! » (cette pensée le terrifiait car beaucoup, surtout Ternen et Sawen, avaient placé en lui les espoirs les plus fous, mais d’un autre côté, il se sentait soulagé, lesté du poids d’un fardeau dont il refusait la responsabilité).
- Mais dans quel univers était Sorkleen lorsqu’il a disparu ? demanda Midilhen.
Atrios fit claquer sa langue contre son palais.
- Mais nulle part ailleurs que dans ce temple, voyons !
- Je ne suis pas sûre de vous comprendre…
- Sorkleen n’a en réalité jamais quitté le temple, il s’est juste retrouvé transporté dans une dimension différente de la notre, dans un espace-temps inconnu même des Immortels et que seuls les Maîtres des Fluides Vitaux ont la possibilité un jour de découvrir.
Ternen demeurait stupéfait en écoutant les explications du vieux sage.
- Une autre dimension ! clama Midilhen. Je n’arrive pas à le croire !
- Je sais que cela peut paraître inconcevable, dit Atrios d’un ton savant. « Cette dimension parallèle est en elle-même un mystère plus grand que toutes les énigmes que pose notre propre Univers. On dit qu’elle est le fruit d’une civilisation plus ancienne encore que l’Humanité, une création provenant des étoiles, incompréhensible pour nous. Ce serait ces mêmes étoiles qui auraient « fabriqué » en quelque sorte ces mystérieux Fluides Vitaux, source de vie et, par là même, l’Humanité telle que nous la connaissons dans le passé et le présent… ».
Tout l’auditoire avait cessé de respirer. Sorkleen écoutait bouche bée, comme s’il buvait les paroles du vieil homme, Midilhen, un bras autour de sa taille, fronçait les sourcils en se remémorant sans arrêt les derniers mots d’Atrios, quant à Ternen, adossé sur la paroi du temple, le souffle littéralement coupé par ces propos, ne pouvait croire ce qu’il venait d’entendre.
Il fut le premier à émerger de l’incrédulité générale :
- Tu veux dire que l’Humanité… l’Humanité est née des étoiles ?
- Ou d’une civilisation stellaire qui l’a créée, je ne sais pas trop…
- C’est… c’est inimaginable ! bégaya Sorkleen.
Atrios hocha la tête :
- C’est vrai mais je ne peux vous garantir ce que j’avance, il n’y a pas de preuves, enfin pas de preuves directes… euh… tout ceci est bien compliqué en réalité…
- Mais qui t’a enseigné tout ca ? Et quand ? questionna Midilhen.
Visiblement peu à son aise, Atrios abrégea la conversation comme lui seul sait le faire :
- Peu importe en vérité… Oui, peu importe… Nous ne sommes pas venus là pour ca, de toute façon. Je pense maintenant qu’il serait préférable de quitter le temple et de rentrer à Fladir… Allons, partons mes amis ! ajouta-t-il d’un ton presque d’ordre.
Les autres furent déçus de ne pas apprendre plus sur les origines de la Vie et de l’Univers. Sorkleen fit une moue désapprobatrice en regardant Atrios, que ce dernier ignora.

   Les quatre compagnons sortirent du temple, sous le soleil brûlant de midi. Ils redescendirent la partie rocheuse de la colline qui donnait un peu plus bas sur le hameau de Cynhiar. Sorkleen, visiblement rasséréné, tenait Midilhen par la main, l’aidant à déjouer les ornières qui jalonnaient le sentier. Bien vite, ils furent en vue du village et déjà l’odeur de la mer parvint à leurs narines.
   Alors qu’ils se dirigèrent vers leur embarcation après une traversée du bourg sous le regard suspicieux des autochtones, Atrios stoppa net sa course, à la grande surprise de ses amis. Il s’éloigna légèrement du groupe, et, abrité par l’ombre d’un grand arbre feuillu, il ferma les yeux, ses paupières se plissèrent fortement comme s’il se concentrait sur une pensée. Puis il se mit soudain à remuer les lèvres sans pour autant émettre le moindre son de voix. Même en essayant de lire sur ses lèvres, on ne pouvait comprendre ce que murmurait le vieil homme, mais au fur et à mesure de la « conversation », il prit un air grave qui effraya même Midilhen. Il fronçait les sourcils, son visage se ridait, sa bouche se pinçait. De temps à autre, on pouvait percevoir de petites inflexions de voix qui laissaient transparaître une inquiétude certaine.
- Que fait Atrios ? demanda Sorkleen. Qu’est-ce qui lui prend tout à coup ?
Midilhen répondit, perplexe :
- Je n’en sais pas plus que toi… je ne comprends pas ce qui se passe…
Après quelques minutes, Atrios revint vers nos amis et s’exclama, d’un air affolé :
- Ne perdons pas de temps ! Nous devons immédiatement aller à Nùmen ! Embarquez vite ! Dépêchez-vous !…
- Que se passe-t-il Atrios, questionna Sorkleen, évidemment intrigué.
- Je n’ai pas le temps, je vous expliquerai tout ca en chemin ! Montez vite vous dis-je !

   Une fois tout le monde à bord, Atrios mit immédiatement le moteur en marche et, sans prendre le temps d’activer le pilote automatique, commanda lui-même le bateau qui démarra dans un vacarme assourdissant, vers une destination inconnue et sans nul doute pleine de dangers.

Page précédente
Page suivante

La Newsletter , inscrivez-vous pour connaître les dates
de parutions du roman et les codes pour son téléchargement !


© Sawen & Rémi Lorme , Tout droits réservés ! Le livre Illusions, ses personnages et son monde sont protégés par les droits d'auteur, toute reproduction sans accord de l'auteur et/ou de l'éditeur sont interdites !
Ecrivain : Rémi Lorme ; Webmaster : Sawen © Illusions 2000 - 2008