XIX
- C'est incroyable ! s'exclama Sorkleen. Vraiment incroyable
!
- Je sais bien que toute cette histoire paraît difficile
à croire
- Non, non, ce n'est pas ça. Ton récit est
très véridique, Atrios, mais c'est tout ce monde
nouveau, tellement étrange, tellement
- Inquiétant ?
- Pas vraiment. Plutôt mystérieux, même
un peu excitant. La magie y est si présente. Tu sais,
même si je possède des origines un peu
inhabituelles,
j'ai toujours été fasciné par tout ce qui
touche à la magie. Si ce que tu racontes est vrai, ce
Jardrak doit vraiment être très puissant. Et puis,
cet univers d'Immortels
c'est si
extraordinaire.
Dans notre monde, tout maintenant doit te paraître insignifiant.
Et il rajouta, les yeux brillants :
- J'aimerais tant en faire partie.
Atrios l'interrompit, outré :
- Ne m'exclut pas de ton " monde ", j'en fait
intégralement partie, mon immortalité n'est qu'une
comment dire
caractéristique
oui, c'est ça,
une caractéristique physiologique particulière
à un type d'individus, c'est tout.
Sorkleen réprima un léger sourire.
Atrios paraissait presque gêné de son statut d'Immortel,
il le qualifiait de " caractéristique physiologique
", mais ce n'était qu'une définition de dictionnaire,
ça, pas celle du maître de Sawen. Le jeune garçon
hocha la tête en guise d'approbation, mais il n'était
pas dupe. Malgré un effort constant d'atténuation
de sa singulière condition, Atrios ne pouvait combler
le fossé qui séparait son monde et celui de Sorkleen.
Et, s'il s'en défendait obstinément, il en était
néanmoins parfaitement conscient.
- Et vous descendez tous de Jardrak, alors ? Il est le
premier immortel et
- Non, ce n'est pas de Jardrak que nous avons hérité
de notre immortalité, coupa Atrios. En ce qui me concerne,
je ne peux rien te dire, mais je puis te révéler
que Sawen a acquis son immortalité par sa mère,
Nasta, qui possédait également ce pouvoir de la
vie éternelle.
- L'immortalité est donc héréditaire,
non ?
- Je ne pense pas, enfin je n'en suis pas sûr, c'est
difficile d'affirmer ça catégoriquement. Après
une légère hésitation, il ajouta : "
Tu sais, notre pouvoir est entouré de mystère,
et même moi, je ne connais pas tous les secrets. J'ai,
à leur sujet, peut-être une petite idée,
mais je ne préfère pas émettre d'hypothèses
douteuses
"
- Pourtant, dans le cas de Sawen, ou même dans celui
de
comment s'appelle-t-il déjà ?
euh
ah oui, Nhieghir !
c'est le patrimoine héréditaire
qui semble avoir joué.
- Oui, dans ces cas-là. Mais pour Ternen, Bernen,
Mitilda et même Iskahel, aucun d'entre eux n'est né
Immortel et, que je sache, leurs parents ne l'étaient
pas !
- Mais Sawen est le père de Ternen
- Le père adoptif, seulement. C'est la même
chose pour Bernen. Personne, même pas eux, ne connaît
leurs vrais parents. Mais, quoi qu'il en soit, ils sont devenus
des Immortels.
Un long moment de calme succéda à
ce flot d'explications. Derrière eux, Ternen et Midilhen
dormaient d'un profond sommeil réparateur. Sorkleen fixait
Atrios d'un air interrogatif qui paraissait lui dire : "
Alors, comment sont-ils devenus
Immortels ? ", et ce dernier, le regard perdu dans le vide,
se contentait de penser. Il finit par dire, comme s'il avait
deviné la question du garçon :
- A mon avis, ils sont devenus Immortels en restant au
contact prolongé d'un autre Immortel. Quand je parle
de " contact prolongé ", il s'agit de plusieurs
années, voire de dizaines d'années
Cela
me paraît être l'unique explication.
Visiblement, ce raisonnement satisfit Sorkleen.
Oui, après tout, ça tenait la route. Et même
si Atrios ne semblait pas totalement sûr de son explication
(elle ne s'appliquait probablement pas à son cas personnel),
elle paraissait tout à fait plausible.
Ainsi, peut-être, Sorkleen connaîtrait-il
lui aussi le bonheur de l'Immortalité ? Il fréquentait
depuis quelques temps déjà des Immortels et gardait
un espoir de le devenir à son tour un jour ou l'autre.
En effet, n'est-ce pas le désir
de chaque être humain de vivre éternellement
? D'oublier la mort et l'indicible peur qu'elle véhicule
à tout être vivant ? La Vie, et plus particulièrement
la vie éternelle, est l'ultime espoir de l'Homme. Un
espoir utopique, oui, mais un espoir qui résiste au
temps, aux déceptions, aux malheurs. Certains vivent
au jour le jour et attendent la mort comme une fatalité,
d'autres la voient comme la fin de tout et se préparent
avec angoisse à sa venue. Et c'est à ceux-là
que l'espoir d'une vie longue, peut-être même
éternelle, est le bien le plus précieux de leur
existence.
- Mais, moi aussi, peut-être que je pourrais
devenir un Immortel, comme vous ? s'exclama l'enfant d'une
voix enjouée.
- Peut-être
peut-être
répondit
Atrios en se frottant le menton. C'est vrai que tu fréquentes
notre groupe d'Immortels depuis un long moment déjà,
mais je te rappelle que j'ai parlé de " contact
prolongé "
à mon avis, ce n'est pas
quelques mois passés en compagnie d'Immortels qui te
confèrera notre pouvoir
Cette critique, inhabituellement acerbe,
surprit Sorkleen. Mais pas Ternen. Ce dernier, qui feignait
le sommeil depuis quelques minutes, avait écouté
les deniers instants de la conversation entre le maître
de Sawen et le jeune adolescent. Il ne fut pas étonné
de la réplique sévère d'Atrios, car il
savait que le vieil homme cherchait à éviter
tout malentendu avec Sorkleen. Il ne voulait pas laisser l'enfant
se bercer d'illusions trompeuses qui pourraient, par la suite,
se révéler totalement fausses. Si Sorkleen croyait
trop vite et trop sûrement devenir un Immortel et que,
finalement, il n'ait jamais ce pouvoir, il en souffrirait
longuement. Et si Atrios n'était sans doute pas un
pédagogue très subtil, il avait su, avec clarté,
remettre l'adolescent dans le sens de la réalité.
Un tel mystère entourait leur immortalité
que les concernés eux-mêmes, comme l'avait fait
remarquer Atrios, n'en connaissaient pas l'origine exacte
!
- C'est étrange
, murmura Sorkleen, les
Immortels
enfin, vous, vous êtes si semblables
aux autres gens, à ceux qui sont condamnés à
disparaître, comme moi.
- Tu as peur de mourir ? questionna Ternen, totalement
éveillé.
D'abord surpris d'entendre la voix de Ternen, l'enfant se
retourna puis sourit et répondit :
- Non ! Enfin
si, un peu
Je n'y avais jamais
réfléchit en vérité, mais maintenant
je côtoie des personnes qui, quoiqu'il arrive, ne connaîtront
jamais la mort
et c'est
assez
déboussolant.
- Je n'ai jamais dit que nous ne pouvions pas mourir,
intervint soudain Atrios.
Sorkleen fronça les sourcils et fixa
Atrios.
- Mais, vous êtes des Immortels ! Un Immortel
ne peut pas mourir
- Nous sommes Immortels, mais nous ne sommes pas invincibles.
Et cette différence change tout.
- Vous
vous pouvez être blessés ?
demanda le garçon d'une voix hésitante.
- Blessés
et même tués ! lança
Ternen.
- Tués ? On peut tuer des Immortels ? Ce n'est
pas possible ! Non !
Atrios reprit :
- C'est pourtant la stricte vérité. Je
crois, mon petit, que tu as une vue un peu trop extrême
de notre statut d'Immortels. Tu crois que nous ne pouvons
pas mourir, que nous ne pouvons pas être blessés,
mais ce n'est pas le cas. Bien sûr, comme tu peux te
l'imaginer, nous avons ce que tu pourrais puérilement
appeler des " supers pouvoirs " (Atrios grimaça),
mais nous avons aussi des points faibles. Seulement, ces faiblesses
sont compensées par des forces, ce qui équilibre
la balance.
Après une courte hésitation,
Atrios demanda :
- Je pense que tu es curieux d'en apprendre plus sur
les Immortels
- Bien sûr ! Quelle question ! s'exclama Sorkleen.
Atrios sourit.
- Je m'en doutais.
Ces éclaircissements ne pouvaient
être que bénéfiques pour le jeune adolescent,
même si Atrios, et ses compagnons avec lui, se convainquaient
de payer leur dû à Sorkleen pour tous les malheurs
qui étaient survenus ces derniers temps et qui n'avaient
qu'eux pour origine. Sorkleen pourrait se faire une idée
exacte sur la nature des Immortels, sur les avantages et les
inconvénients qu'elle offrait, et il pourrait juger
leurs réactions et leurs opinions en connaissance de
cause. Jusqu'alors, il s'était braqué sur le
fait que la mort leur était totalement inconnue, mais,
désormais, il allait apprendre à les connaître
réellement.
C'est généralement ce que
l'on fait pour s'intégrer dans une société.
- Tout d'abord, tu dois savoir que l'on ne peut pas
mourir à la suite d'une maladie ou d'un virus. Nous
ne sommes jamais malades, mais nous éprouvons de la
fatigue ou n'importe quel sentiment humain, d'ailleurs. Amour,
plaisir, haine, dégoût, joie, tristesse, chaleur,
froid
rien de tout ça ne nous est épargné
; nous pouvons être blessés mais aucune blessure,
si grave qu'elle soit, ne peut nous tuer. Nous ressentons
la blessure, nous la voyons, nous pouvons la guérir,
mais nous n'en souffrons pas. Par exemple, si, lors d'un affrontement
nous perdons un membre, bras ou jambe, il suffit de quelques
heures de repos et d'absorber une quantité relative
de nourriture pour que le membre sectionné se reforme
et que les tissus musculaires déchirés se réparent
d'eux-mêmes ; la seule façon connue, même
si elle demeure encore incertaine, pour nous de mourir, c'est
de se faire transpercer le cur par une Epée Magique
- Une épée magique ? Qu'est-ce que c'est
?
Atrios baissa les yeux comme pour mieux
se souvenir.
- Euh
selon la légende, les Epées
Magiques ont été forgées il y a plusieurs
millénaires, dans les temps les plus reculés
de l'Humanité, par des mages noirs du pays de Filendiss,
réputé comme le lieu le plus sacré d'Asfhlon
et qui abritait les sorciers les plus puissants. Les mages
auraient voulu se venger du joug terrible que le souverain
de Filendiss, Devhir IV, un Immortel méprisant les
rituels magiques, exerçait sur eux et sur leurs confrères.
Ils forgèrent dans le plus grand secret cinq épées
qui possédaient, dit-on, le pouvoir de tuer un Immortel.
Lors d'un banquet commémoratif d'une bataille, les
mages s'introduirent dans le palais et assassinèrent
le monarque, devant une assistance stupéfaite de constater
la mort du roi. Les mages furent arrêtés puis
exécutés. On pilla leurs habitations, mais on
ne détruisit pas les cinq épées. Elles
furent conservées dans un lieu secret, à l'abri
de toute convoitise, afin d'être étudiées.
Les experts rédigèrent leur rapport - un texte
très précieux dont un fragment se trouverait
dans la légendaire bibliothèque de Tasinar -
et le scellèrent dans un cylindre en or. Malheureusement,
le pays fut en majeure partie englouti lors de la Grande Catastrophe.
Par miracle, les Epées Magiques ainsi que le rapport
les concernant auraient résisté au cataclysme.
Mais, aujourd'hui, à ma connaissance nul ne sait où
se trouvent ces armes
si elles ont réellement
existé
- Quelle histoire ! s'écria le garçon,
les yeux brillants.
- En effet. Mais, elle pose quand même un problème,
puisque si j'en crois la légende, les Epées
Magiques n'ont été éprouvées qu'une
seule fois - avec succès, je te l'accorde - mais, on
ne peut pas être tout à fait certain de leur
efficacité aujourd'hui
- Heureusement pour nous, souffla Ternen.
-
Malgré cela, elles constituent encore
l'unique moyen de venir à bout d'un Immortel.
- Mais si personne ne sait où sont ces épées,
vous ne risquez rien, objecta Sorkleen.
Atrios grommela quelques mots en se frottant
la barbe. Le garçon disait vrai, mais comment être
sûr ? Il paraissait inconcevable pour un Immortel d'un
jour affronter le passage dans l'au-delà, mais le risque
est là, bien présent. Cela a fonctionné
une fois, pourquoi pas deux ? L'Ordre de Dukstina n'a qu'un
seul but : anéantir la race des Immortels. S'il mettait
la main sur ces armes sacrées, les jours des compagnons
d'Atrios seraient comptés. Cependant, pour le moment,
il n'y avait pas lieu de s'affoler.
Il poursuivit son explication :
- Mais nous bénéficions également
de qualités mentales particulières, notamment
notre intelligence et notre rapidité qui se sont fortement
accrues.
- Et après ça, tu prétends affirmer
que vous êtes des êtres humains comme les autres
? rétorqua le garçon.
- Oui, bien sûr. Toi-même tu t'y es laissé
prendre. Lors de notre première rencontre, je suis
persuadé que tu ne soupçonnais pas l'existence
de ce pouvoir.
Ternen intervint subitement, l'air navré :
- Crois-moi, Sorkleen, nous aurions voulu que tu le
découvres d'une autre manière
- Quoiqu'il en soit, mis à part les caractéristiques
spéciales que l'Immortalité nous apporte, rien
ne peut nous distinguer des humains " normaux ".
- C'est bien ça le problème, marmonna
Sorkleen pour lui-même.
- Ah ! encore une chose, s'exclama Atrios. Les Immortels
ne peuvent pas avoir d'enfants. Moi-même, je n'ai ni
fils, ni fille et
- Comment ça, pas d'enfants ? Et Ternen ? Que
je sache Midilhen est sa fille, non ? A moins, bien sûr,
que vous ne me cachiez encore un de vos terribles secrets
ironisa Sorkleen.
Atrios ne broncha pas.
- Son cas est particulier. Tout comme ceux de Sawen
et de Bernen. Avec leurs épouses, ils ont été
aidés par un professeur, éminent spécialiste
en biologie de la naissance, qui possédait une avance
considérable sur les autres chercheurs de cette époque
personne d'ailleurs ne connaît le procédé
secret grâce auquel il a mis au point le traitement
mais, peut-être vaudrait-il que je te laisse éclaircir
tout ça, Ternen ?
Ternen détourna le regard et répondit
d'une voix trébuchante :
- Euh
eh bien
ce sont des choses que Sorkleen
n'est pas forcé de savoir
Oui, après tout,
cela touche à une certaine intimité et
je ne conçois pas l'utilité pour Sorkleen de
connaître cet épisode de mon existence
enfin, tu vois ce que
- Ca va, j'ai compris ! Effectivement, tu n'es pas obligé
de tout me raconter sur toi.
Sorkleen n'en voulait pas à son maître. Ce dernier
s'était déjà plusieurs fois confié
à lui. Mais il le comprenait. Parler de sa vie privée,
même en compagnie de quelqu'un de proche, n'est jamais
facile et plutôt gênant, d'ailleurs. Sorkleen
lui-même ne parlait pas de sa relation avec Midilhen.
Il préférait être seul avec elle, plutôt
que de s'exhiber devant ses compagnons. C'est dans sa nature,
il n'est pas démonstratif, surtout quand cela touche
aux sentiments. A tel point même que Midilhen était
arrivée à douter de l'attachement de Sorkleen
envers elle. Mais elle ne lui avait jamais dit.
- Bref, toujours est-il que grâce à ce
professeur et à la confection d'un médicament
permettant la production des hormones nécessaires,
Sawen et Mitilda, Bernen et Alçia et Ternen et Gunvindhal
purent reproduire le cycle de la vie.
Sorkleen opina d'un geste de la tête puis, l'air malicieux,
demanda en rougissant :
- Permets-moi une question personnelle Atrios : pourquoi
n'es-tu pas, toi aussi, allé consulter ce spécialiste
?
Ternen se mit à rire.
- C'est aussi la question que je me suis souvent posée
!
Atrios foudroya Ternen du regard. Il était
gêné, jamais personne ne lui avait demandé
ça ! Il n'avait jamais eu d'enfants, et, cela ne lui
avait pas manqué jusque-là, cependant, depuis
ces derniers temps, en voyant Sawen si heureux avec ses fils,
Ternen si complice avec Midilhen et Sorkleen, il se surprenait
à regretter sa vie et à déplorer l'absence
d'un fils avec qui partager ses expériences. Mais,
comme à l'ordinaire, il n'avait pas son pareil pour
éluder toute discussion " humaine " et se
tira de l'embarras par un subterfuge plus ou moins authentique
:
- Le professeur en question était hébergé
chez Sawen, mais il fut malheureusement tué et ses
découvertes détruites lors de l'attaque du château
de Sawen par les Chasseurs d'Epées.
- C'est curieux, je ne me souviens pas de ça,
remarqua Ternen.
- Qui sont ces chasseurs d'épées ? questionna
le jeune garçon.
- Ce sont
enfin, c'étaient des humains,
qui se sont ralliés à la solde de Nhieghir et
qui furent intégrés dans l'Ordre de Dukstina
avec pour mission de trouver et de détruire les cinq
épées correspondant aux cinq fluides vitaux.
Sorkleen sembla surpris de cette déclaration. Il réfléchit
un instant et demanda :
- Sawen détiendrait-il le pouvoir d'un des fluides
vitaux ?
- Je n'ai jamais dit ça, coupa sèchement
Atrios.
Sorkleen se tut immédiatement, mais la réaction
d'Atrios lui paraissait sans équivoque. Apparemment,
il niait l'évidence. Atrios lui-même avait avoué
tout à l'heure qu'il connaissait une personne qui possédait
un fluide vital. Ca ne pouvait être que Sawen. Atrios
a été le maître de Sawen, ils sont sans
doute encore très amis et si Sawen a obtenu le pouvoir
d'un des cinq fluides vitaux, Atrios a dû en être
le premier informé. Peut-être même est-ce
ce dernier qui l'a aidé à l'obtenir ? Et puis,
ce Sawen est quelqu'un de tellement ambigu, il paraît
jovial et ouvert de prime abord, mais qui se cache vraiment
derrière cette aspect avenant ? Depuis les derniers
événements, Sorkleen avait appris à se
méfier des apparences et ne faisait réellement
plus confiance qu'à lui-même.
L'enfant en était intimement convaincu,
Sawen aurait un rôle important à jouer dans un
futur proche.
Mais dans quel camp serait-il ?
L'avion ralentit son allure à l'approche
du lieu d'atterrissage. Par le hublot embué, grâce
à la clarté de la lune l'on devinait les contours
morcelés du pays du Fladir. Une symphonie de lumières
rouges, jaunes et banches semblait se jouer en bas, sur la
terre des Hommes. Quelques instants après, l'atterrissage
se fit en toute tranquillité et les passagers descendirent
de l'appareil. L'air était piquant malgré la
saison estivale et Sorkleen et Midilhen, hanche contre hanche,
tentaient de se réchauffer du mieux que possible.
Après la récupération
des bagages, Atrios héla un taxi qui les conduisit
vers un petit hôtel paisible en bord de mer. Ils prirent
trois chambres et montèrent leurs affaires. Les chambres
étaient coquettes et sentaient bon le linge propre.
Ternen, Midilhen et Sorkleen descendirent ensuite au restaurant,
encore ouvert malgré l'horaire tardif et se délectèrent
d'une énorme assiette de " grisolls " (des
céréales cuites dans du jus de viande) alors
qu'Atrios préféra demeurer dans sa chambre.
La collation terminée, les trois
amis regagnèrent leur chambres respectives. Sorkleen
et Midilhen discutèrent quelques minutes, puis, tiraillés
par la fatigue, ils s'endormirent.
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