Illusions - Le roman de science-fiction !
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Roman de science-fiction écrit par Rémi Lorme d'après les scénarii de Sawen
XII
Illusions

XII

   Le lendemain matin, alors qu'un soleil éclatant et déjà très haut dans le ciel brillait de mille feux, Sorkleen s'éveilla, frais et dispos. Cette longue nuit de sommeil réparateur l’avait remis d’aplomb. Il se sentait renaître. Même si les événements de la veille restaient encore gravés dans sa mémoire, il ne s'en souciait plus. Sorkleen avait l'impression que ce réveil signifiait pour lui le début d'une nouvelle vie, loin des malheurs de son enfance et de l'inextricable malaise d'hier. Une vie nouvelle et pure, pure comme la rosée vivifiante d'un matin d'automne. Une vie de bonheur. Du moins, l'espérait-il. Il se leva, épanoui, et d'un pas assuré, se dirigea vers la salle de bains, située en face de sa chambre. Dans l'immense couloir vide, une question lui revenait sans cesse à l'esprit : Où étaient les autres ? Que s'était-il passé depuis son évanouissement ? Si Midilhen dormait toujours, confortablement installée au creux du grand fauteuil de soie jouxtant le lit, où pouvait se trouver Ternen en ce moment ? Il n’allait pas le laisser seul quand même. Pas encore une fois. Pas après la soirée d'hier.
   L'enfant resta à peine quelques minutes dans la grande salle de bains, le temps pour lui de se débarbouiller rapidement, ignorant même les splendides becs de cygnes dorés qui déversaient dans un large lavabo en marbre une eau cristalline et rafraîchissante. La pièce, comme la plupart des autres dans le château, était immense et richement décorée. Cela paraissait être une habitude, un confort de vie pour Sawen. Mais ici, curieusement, le luxe n'était pas arrogant, pas supérieur. C'était simplement un décor, certes superficiel, mais qui diffusait dans la gigantesque demeure un bien-être et une convivialité quasiment palpables. Une fois sorti de la salle de bain, Sorkleen s'empressa d'enfiler discrètement un pantalon de toile noir et un chandail bleu marine. Il était impatient. Impatient de retrouver les autres convives. Impatient de parler avec eux. Bien sûr Midilhen était là, mais elle semblait tellement heureuse dans son sommeil, si éloignée de la réalité, et il ne la dérangerait pour rien au monde. Après tout, elle aussi avait souffert des tristes événements de la veille, et lorsque, surpris, il l’avait trouvée ce matin, si profondément endormie, il avait immédiatement pris la décision de ne rien lui avouer sur ses horribles visions. Elle le méritait. Comme elle méritait son amour, elle si généreuse, si dévouée, si attentionnée. Elle avait bien le droit de quitter le monde réel, ne serait-ce qu’un fugace instant. Sorkleen se donna un petit coup de peigne afin de dissuader définitivement ses dernières mèches rebelles et ouvrit la porte en bois, donnant sur l'allée centrale. Tout en arpentant le long couloir, le garçon ne pouvait s'empêcher de repenser à la soirée d'hier et à son intrigant malaise. Que lui était-il réellement arrivé ? Pourquoi ce vertige si soudain ? En apparence, Sorkleen restait maître de lui-même, mais, au plus profond de son être, les terrifiantes images de Midilhen errant dans les ténèbres revenaient le hanter sans arrêt. Bizarrement, il n'avait qu'un souvenir assez vague des autres flashes et même lors d'un intense effort de mémoire, il ne les revoyait pas aussi clairement. Mais avec Midilhen, c'était particulier. L'air songeur, Sorkleen arriva enfin dans la grande salle à manger, anormalement vide. Il tourna ainsi en rond plusieurs minutes traversant maintes fois l'immense pièce, dans l'espoir de rencontrer quelqu'un. Au bout d'un moment, il entendit un bruit de pas qui se rapprochait et, alerte, il ouvrit grand les yeux. C'était Ternen, dont la sculpturale silhouette fendait avec dédain la demi-obscurité du couloir. Aussitôt, il courut vers lui et l'enlaça affectueusement. 
 - Alors, fiston ! Tu as bien dormi ? demanda Ternen d'une voix très paternelle tout en caressant la chevelure brune du jeune garçon. Il était soulagé de voir, qu'apparemment, la nuit avait arrangé les choses.
 - Très bien ! Je me sens en pleine forme… et les soucis d'hier sont presque oubliés. Il ajouta amicalement : Merci pour tout, Ternen ! Sans toi et Sahen, j'aurais été bien incapable une fois de plus de m'en sortir.
 - Ce n'est rien, tu sais. Allons, tu dois sûrement avoir faim, viens ! Assieds-toi ici, dit-il en désignant une grande chaise d'osier. Je vais demander à ce que l'on te prépare un petit quelque chose. Et puis, nous en profiterons pour discuter un peu, il y a certaines choses que je voudrais éclaircir avec toi. Allez, installes-toi !. Et Ternen se dirigea vers les cuisines.
Le garçon obéit sans mot dire. Les dernières paroles de son aîné l'avaient quelque peu alarmé. Alors, il devra lui parler de ces horribles images, il devra ressasser encore une fois ces pénibles souvenirs. Quelle angoisse ! Mais… après tout… il n'était pas obligé de tout lui raconter dans les moindres détails. Il pourrait lui cacher certaines choses. Les flashes avec Midilhen, par exemple. L'enfant savait pertinemment que s'il disait cela à Ternen, il lui causerait des soucis et de l'inquiétude. Cela l'affligerait profondément sans doute. Non, il ne fallait pas tout raconter ! Sorkleen était résolu, il n'allait pas affoler son maître inutilement, même si les cauchemars de la veille représentaient sûrement une menace future. Ternen avait déjà fait tant de choses pour lui, pour une fois c'était au tour du garçon de lui rendre service. Et puis, un bon mensonge en dit parfois plus que la triste vérité…
   Ternen, affairé aux fourneaux avec les domestiques, revint enfin, une grande assiette fumante à la main. Il la déposa délicatement sur la table et s'assit en face de Sorkleen, qui, oubliant ses émotions, s'était précipité sur la nourriture. Il savoura le repas offert avec beaucoup de bonheur. Rien de tel qu'un bonne collation pour se remettre sur pied. Ternen dévisagea longuement son ami et, après un petit moment de réflexion et d'hésitation, il dit:
 - Bien. Profitons de cet instant de calme pour mettre quelques choses au clair. Tu veux bien ?
 - Euh… Oui, pourquoi pas ?
 - J'en suis ravi. Alors, qu'est-ce qui t'es arrivé exactement hier ?
 - Ben… je n'en sais rien. Je dansai paisiblement quand, soudain, j'ai senti ma gorge se nouer et mes membres s'engourdir. Puis, je me suis évanoui.
 - Et ensuite ? acquiesça Ternen.
 - Ensuite ?… Sorkleen prit une grande inspiration: Ensuite, des dizaines d'images horribles martelèrent ma tête sans arrêt, c'était terrifiant !
 - Des images, dis-tu, répliqua Ternen, intrigué. Et quelle sorte d'images était-ce ? Qu'as-tu vu précisément ?
 L'enfant hésita soudain à répondre. Il ne voulait pas trahir sa promesse personnelle de cacher à Ternen les flashes dans lesquels il avait vu Midilhen. 
 Il se rengorgea, et, un peu gêné, il poursuivit:
 - Eh bien, en fait j'étais baigné dans une obscurité sans fin et très angoissante, j'étais comme prisonnier. J'ai vu des yeux de démon couleur de braise, puis une immense boule de feu qui engloutissait Nùmen en un instant, j'ai aperçu des enfants et des hommes courant dans tous les sens, pris de panique, je me suis senti tomber dans un gouffre béant et froid, lorsque soudain... Sorkleen frissonna. Le brusque rappel de ces pénibles souvenirs le troublait.
 - Oui, continue, je t'écoute… interrompit Ternen, visiblement très attentif à ce que l'enfant racontait.
 Sorkleen, bien que très pâle, reprit le cours de son récit:
 - Soudain, une chaleur bienfaisante se mit à entourer mon corps tout entier. C'était vraiment étrange !… Je n'arrive toujours pas à définir ce que c'était exactement mais je suis sûr d'une chose, c'est que dès l'apparition de cette source de chaleur et de bien-être, les terribles images s'estompèrent progressivement de mon esprit, et là je vis une sorte de fantôme…
 - Un fantôme ? coupa Ternen, littéralement stupéfait. A quoi ressemblait
-il ?
 - Il avait la forme d'une jeune fille, toute entourée d'un halo de lumière bleue. J'ai touché sa main et, instantanément, je me suis éveillé. Voilà, c'est tout.
 - Bien, ces explications éclaircissent enfin mon esprit quelque peu embrouillé par toutes ces péripéties. Je tiens à te remercier de m'avoir raconté tout ça. Je sais que ca n'a pas dû être facile pour toi. Ternen tergiversa un moment, puis il finit par déclarer: Par conséquent, j'avais envisagé de revenir à Nùmen aujourd'hui même. Je crois que nous avons tous besoin de repos. J'ai prévenu Midilhen, et elle est d'accord. Maintenant, il ne te reste plus qu'à aller tout lui raconter sur la soirée de la veille. Je préférerais qu'avant de partir, tout le monde soit au courant. Qu'est-ce que tu en penses ?
 - Repartir à Nùmen dès aujourd'hui ? J'en suis ravi bien sûr ! J'avais réellement envie de quitter ce château. Il me rappelle surtout de mauvais souvenirs. Je vais immédiatement chercher Midilhen.
   Sorkleen s'éloigna en courant, ivre de joie. Il s'écria : « Merci Ternen ! ».
Ce dernier demeurait impassible, juste satisfait du bonheur de l’enfant. Puis, il s’approcha hâtivement d’une imposante colonne richement décorée et postée près de la table et, d’un air énigmatique, lança :
 - A votre avis, c’est bien lui ?
Comme une voix sortie tout droit d’outre-tombe, la colonne répondit :
 - Aucun doute. Fais prévenir les autres que vous ne partez plus pour Nùmen.
 - Bien. A tout à l’heure.
   Et Ternen s’éloigna à son tour, le regard pétillant de mystère.

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