Illusions - Le roman de science-fiction !
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Roman de science-fiction écrit par Rémi Lorme d'après les scénarii de Sawen
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Illusions

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   Au dehors, la nuit, déjà bien avancée, était claire et sans nuages. Les étoiles, en parfaite symbiose, brillaient de mille feux, répandant leur lumière douce sur les murs de la villa. C’était une belle soirée d’été, sans un seul souffle de vent. Une soirée idéale pour passer un moment en famille. Dans la grande salle à manger, l’ambiance agitée du début de repas avait cédé sa place à une atmosphère simple et feutrée, bercée par la musique douce et mélancolique que diffusait un minuscule orifice métallique, incrusté dans le mur. Le dîner était maintenant terminé et les convives se divertissaient à leur manière, tout en attendant avec impatience le grand bal prévu pour la fin de soirée. Certains continuaient à discuter, d’autres, fatigués et repus, commençaient à s’assoupir, les enfants présents couraient encore dans tous les sens, témoins d’une jeunesse insouciante et innocente, un petit groupe d’invités se tenaient à l’écart dans le salon-fumoir qu’ils emplissaient avec ardeur de volutes de fumée grisâtre et odoriférante. Une heure s’écoula ainsi, au gré des diverses occupations des convives. Sawen, sentant alors une certaine passivité gagner ses hôtes, fit débuter le grand bal tant espéré. Deux domestiques, dépêchés par le maître de maison, avertirent donc le grand orchestre, dissimulé derrière un large rideau rouge, de se tenir prêt. Après avoir réduit l’intensité lumineuse des quatre lustres de la pièce, ils écartèrent le rideau au moyen de grosses poulies, et, aussitôt, un grand ensemble d’instruments refléta ses lumières dorées et tachetées de brun sombre sur les invités, émerveillés par tant de splendeur. Tous se levèrent pour applaudir en chœur cette vision si parfaite et si luxueuse de l’homogénéité musicale. Un grincement aigu et empreint de nostalgie monta soudain de l’orchestre : un petit violon, en bois poli et brillant, entamait sa complainte dramatique. Aussitôt après, tous les autres instruments suivirent l’accord donné par le violon et une parfaite harmonie symphonique envahit l’atmosphère, déchirant l’air de ses notes martelées, soufflées et pincées. Quelle unité dans ces sons ! Quelle concordance dans cette musique ! Le rythme, si ordonné, résonnait dans les poitrines des spectateurs, emplissant leurs âmes mélancoliques d’une passion muette : celle de l’amour.
Les convives, hésitants, restaient dans la demi-obscurité, n’osant pas se lancer dans une folle sarabande et étourdissante. Sawen, amusé par tant de timidité, se dirigea alors vers le centre de la pièce, en compagnie de Mitilda et tous deux commencèrent à danser, sous les vivats de leurs proches. En les observant ainsi, serrés l’un contre l’autre, main dans la main, unis par un amour réciproque et presque indestructible, Alçia sentit les larmes lui monter aux yeux, et, saisissant le bras de Bernen, elle se précipita sur la piste de danse, entraînant son mari stupéfait, sous les regards amusés des autres couples. Elle l’enlaça tendrement et, menés par une musique tendre, ils se mirent à danser à leur tour. Cette tentative eut pour effet de faire oublier à certains leur pudeur et leur réserve, et, très rapidement, la grande salle fut envahie par de nombreux amoureux, se décidant enfin à partager avec leurs moitiés ces quelques minutes de bonheur. Ainsi, Ternen et Gunvindhal, séparés dans la vie actuelle, retrouvèrent un peu de leur jeunesse 
amoureuse ; Etsinar, à travers l’insouciance de ses vingt ans, invita Inhisha à prendre part au bal ; celle-ci, confuse et intimidée par tant d’assurance, accepta néanmoins et tous deux, mutuellement étreints, se laissèrent ensuite aller à de doucereux déhanchements ; Navhira, que la plupart des invités masculins désirait pour cavalière, se rapprocha d’Isvhin, assis seul en bout de table, et lui proposa subitement de lui accorder la prochaine danse. Isvhin, stupéfait par une telle proposition et par l’éclatante beauté de son interlocutrice, vacilla soudain de sa chaise, et, les jambes mal assurées, tomba à la renverse. Navhira fut prise d’un grand fou rire, que masquaient heureusement la musique et l’obscurité du salon. Isvhin se releva, déconfit et gêné. Visiblement, il ne revenait pas encore de sa surprise. Lui qui, tout au long de la soirée, n’avait parlé à personne qu’à son père et son frère, se voyait maintenant offrir l’occasion unique de partager une danse avec Navhira, « la reine de la soirée », l’archange tombée du ciel, la beauté à l’état pur ! Cela lui paraissait tellement irréel… mais c’était bien vrai ! Encore étourdi, Isvhin, enserrant sa cavalière, se rendit sur le parquet luisant de la piste de danse, prêt à vivre un rêve éveillé. Les musiciens, abandonnant alors leurs entraînants tourbillons, entamèrent une série de slows. Navhira se balançait langoureusement, laissant découvrir des jambes fines et délicates à travers les plis de sa longue robe, sa taille, maladroitement ceinte par les bras d’Isvhin, était mince et suivait allègrement le rythme lent des notes, quant à son visage, qui surplombait une poitrine envoûtante, il semblait être bercé par la mélancolie des sons. Les yeux fermés, Navhira rejeta élégamment ses longs cheveux bruns en arrière, sous les yeux ébahis de son compagnon, qui n’en menait pas large. Séduit et ensorcelé par la splendeur de la jeune femme, il se trémoussait de façon pataude et gauche, essayant, tant bien que mal, de suivre la cadence et les pas de sa partenaire.
   Seules quelques personnes avaient - volontairement ? – échappé à ce brusque engouement mutuel. Atrios, continuellement bougon, restait dans son coin, maussade et taciturne. Naarlen bavardait sans entrain avec Sahen, tous deux victimes de leur timidité naturelle. Istryll veillait avec attention sur Caffreen qui s’était endormie, et qu’elle ne quittait pas des yeux. Esmial subissait avec dépit les revendications de Mitryll, qui se plaignait de la chaleur suffocante de la salle à manger, de la lourdeur du repas et de la musique trop forte. Quant à Sorkleen, il dévisageait longuement Midilhen. Il hésitait. S’il l’invitait à danser et qu’elle refuse, comment réagirait-il ? Peut-être n’y avait-il que lui qui ressentait un amour envers son amie ? Pour Midilhen, peut-être que leur relation était juste amicale, que ca n’allait pas plus loin ? Si elle refusait, il aurait l’air malin. Mais, après tout, pourquoi 
pas ? Pourquoi ne tenterait-il pas ? Peut-être qu’elle n’attendait que ça, en réalité ? Après un dernier tâtonnement, Sorkleen, d’un pas décidé, se dirigea vers Midilhen, tout en murmurant : « C’est bon ! J’y vais ! Je me jette à l’eau ! Qu’est-ce que je risque, finalement ? D’avoir l’air ridicule ? Eh bien, tant pis !… ». Et il joignit le geste à la parole. Plein d’espoir, il s’approcha de Midilhen et lui souffla discrètement à l’oreille, comme pour éviter d’ébruiter sa requête :
 - Euh… Midilhen, j’aurais voulu savoir si… euh… ben, si tu voudrais pas danser avec moi ? Oh ! Bien sûr, t’es pas obligé, tu peux dire non…, répéta-t-il naïvement.
   Contrairement à ce qu’envisageait Sorkleen, Midilhen ne sembla pas surprise. En réalité, elle avait attendu cette proposition depuis le début du bal ; et maintenant elle s’extasiait, ravie de la demande de son ami. 
 Radieuse, elle s’écria en guise de réponse :
 - Oh oui ! Bien sûr, avec joie !
   Sorkleen contenait son bonheur, mais, en fait, il trépignait de joie, et, au fond de lui, les rapides battements de son cœur lui firent alors prendre conscience que ce serait certainement le moment le plus romantique de sa vie. 
 - Bien ! Alors, allons-y !
   Sous les yeux éberlués des quelques solitaires encore attablés, les deux enfants s'avancèrent vers le parquet luisant et lustré de la salle à manger, qui répétait en échos incessants les nostalgiques mélodies du grand orchestre, et, s'enserrant affectueusement, Sorkleen et Midilhen débutèrent leur fol tourbillon musical, calquant leurs pas et leurs sentiments sur le tempo langoureux des notes. Bien que la plupart des invités, amusée, fixait le couple d'enfants qui tentait de suivre le bercement amer des violons, ces derniers n'y prêtaient pas attention. Ils étaient dans leur monde. Ce monde qu'ils inventaient et qu'ils retrouvaient avec plaisir lors d'un jeu ou d'une discussion. Un monde d'enfant, certes, mais un monde magique, où le Mal est banni, où l'Amour étend sans fin son règne sensible. C'était plus qu'un univers juvénile et insouciant. C'était un rêve. Une utopie…
   Et, tout en dansant, Sorkleen se rendit alors compte que son devoir premier était de discerner et de chasser toutes illusions avilissantes hors de cet idéal si bienfaisant, et qui demeurait, aujourd'hui peut-être, la dernière lueur d'espoir du monde libre.

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